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Mardi 21 avril 2009 2 21 /04 /Avr /2009 21:33

De retour du Luxembourg...

Juste trois jours et demi dans la rue, la rue passante, celle à laquelle j'aspire.
Trois jours pour faire mes premières armes, dessiner par-delà les regards et aller vers l'Autre, en âme gourmande et regard des horizons ouverts.

Une première halte à Durbuy, dite "la plus petite ville du monde"... Curieuse de savoir sur quels critères on se fonde pour déterminer cela. Quoi qu'il en soit, elle est jolie, la vieille ville. L'imaginer déshabillée de ses touristes lui confère des attraits supplémentaires, mais ce sont justement eux qu'il s'agit de rejoindre. 

Pas évident tous ces êtres rassemblés, avec ces regards intéressés par le musicien que j'accompagne et à côté duquel je me suis posée.
Ah , timidité familière...Je pique du nez sur mes dessins, les mains tremblantes, le rouge aux joues et cette secrète joie, délicieuse qui pointe le bout de son nez et me fait entrevoir des lendemains prometteurs.

Et là...je rencontre les trois Princesses de Durbuy, attirées comme des papillons, bruissantes de questions et d'envies colorées, immédiatement séduites par l'idée de leurs mains en portrait.























Une formule dessin un peu longue pour des conditions de rue, à améliorer, mais là je retrouve mon élément et le plaisir l'emporte sur la timidité. Une heure et demie à crayonner et papoter avec ces demoiselles (dont une future graphiste), en cavalcade légère dans la rue, esquivant le passage de la carriole, partant et revenant, admiratives et exclamatives, ravies d'emporter "leur" main transfigurée.


Luxembourg....











Première autorisation de battre le pavé de cette capitale nette et si verte.






































Luxembourg entre tradition   et modernité 

   






    

S'installer dans la rue, apprendre à trouver le bon emplacement, celui qui ne gêne pas le passage, les vitrines, les commerçants, les passants.

Apprendre à gérer le temps, la position assise qui dure, le matériel qui dégringole  et s'évade, les regards.

Apprendre à tout ramasser, serrer à nouveau le matos dans le sac à dos et changer d'emplacement au bout de l'heure, l'heure et demie pour à nouveau se déposer, changer de point-de-vue, trouver petit à petit la bonne disposition, celle qui permet d'être vue, de voir, de dessiner, d'être abordée,  de montrer sans exposer (l'autorisation, c'est pour dessiner/peindre dans la rue et vendre ce que l'on fait, mais non exposer), de travailler en gagnant de l'aisance, en découverte progressive du bonheur de ce temps qui prend toute autre consistance.

Etre assise en plein air, là , toute la journée, et me délecter de travailler  en continu sur ces petits formats très bien adaptés à la rue en attendant les mains baladeuses...
Me retrouver en cet état de méditation, si recentrant, si nourrissant..

Nourrissant... Oui, mais voilà, la tête dans les nuages de traits colorés et de pointillés en relief, je suis ailleurs et plus très réceptive à la présence des passants qui passent ! Chercher le juste équilibre entre attention concentrée et disponibilité à la rencontre.

Je réalise le premier jour qu'il est préférable de ne pas compter sur des passants forcément plus extravertis que moi et je décide de faire une petite affiche pour expliquer en deux mots ce que je fais.

Ceci me permet le deuxième jour d'observer davantage d'arrêts devant moi : "ils"lisent! Et de me rendre compte qu'il y a vraiment une demande pour une "voyante" que je ne suis pas.

Chouette conversation avec un curieux (j'adore les curieux!) qui me demande le sens de ce que je fais, pourquoi je le fais, pourquoi ces couleurs , pourquoi ces lignes, ces courbes, ces symboles...

 Les couleurs, ce sont celles qui me viennent face à la personne.
Je réponds immédiatement à l'impulsion qui me fait prendre un crayon plutôt qu'un autre, de la même façon que je le laisse aller son chemin pour tracer ce qui me vient au fur et à mesure.

 J'apprends à cesser la dérive d'un mental analytique trop présent pour me laisser surprendre par une sorte de spontanéité qui me mène dans des voies quelquefois étonnantes que j'aurais bloquées si j'avais pris le temps de réfléchir.
Bien sûr, on aime, on n'aime pas ou on est indifférent, chacun sa vision et son ressenti. En ce qui me concerne j'y trouve plaisir, aisance, confiance et le résultat me parle bien.
Cet homme -là est surpris de m'entendre parler du blog qui débute autour de ce projet, étonné d'apprendre qu'il y a aussi une pratique d'atelier , des peintures en grand format, un myspace pour en parler... L'artiste de rue est souvent connoté bohème mendiant...Pouvoir reculer les limites des préjugés et s'intéresser à l'être humain dans la rue. Artiste ou mendiant, sa présence là indiffère, interpelle, ou dérange.
Qui sont ces hommes, ces femmes, ces enfants,
est-ce un choix, une dérive,
comment vivent-ils,
en quoi cette rencontre peut-elle débrider le regard et le coeur?
Tendre la main, parler pour reconnaître et donner vie à l'autre en face de soi,
ne plus se contenter d'un passage furtif, ennuyé, coupable, agacé...


En fin d'après-midi, je sens à mes côtés une présence attentive, je lève les yeux pour m'entendre dire "Moi, je veux bien!" sur ce ton chantant et enjoué qui me fait m'exclamer joyeusement.
 Daniela me confie sa main et je me laisse emporter par la danse des crayons, impatiente et ravie de découvrir comment ils voient cette petite brunette timide mais pétillante.


Rencontre trop brève, elle s'éloigne pendant cette demi heure trop longue, je travaille aussi vite que possible mais je veux un résultat léché. Nos sourires se répondent, et notre timidité aussi!
Daniela, je serai heureuse d'une nouvelle rencontre, à Luxembourg ou ailleurs. Mon petit doigt ne me trompe jamais...

Le lendemain, il fait froid et la pluie annonce son arrivée par des gouttes disparates qui suffisent à m'arrêter : crayons aquarelle et pluie ne font pas bon ménage sur ces dessins-là. Il me faudra explorer cette piste de l'aléatoire météorologique.
Je remballe, déçue. Les deux jours suivants n'offriront qu'averses abondantes entrecoupées de pluies fines mais tenaces.
C'en est fini de l'expérience pilote luxembourgeoise. Le train qui me ramène en Belgique où le devoir familial me rappelle parcourt des campagnes ensoleillées qui attisent mon regret et renforcent ma détermination.
Vivement recommencer! 
Et en attendant, reprendre la sédentarité...et les grands formats en peinture.
Car les choses se font comme elles doivent se faire..S'en remettre à ce qui est et explorer les pistes du présent sans regret***

Encore ceci tout de même : je garde beau souvenir de l'ambiance particulière de cette ville. De l'ouverture, de la curiosité, de la présence, de l'attention, de l'écoute. C'était joli cadeau pour mon compagnon musicien qui arpente la ville et offre sa voix et celle de ses instruments (didgeridoo, flûte, berimbau, bols tibétains, ..) aux passants qui passent...

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